Banques à risque : quels établissements présentent un danger ?

La faillite de la Silicon Valley Bank en mars 2023 a mis en lumière les failles persistantes dans la surveillance des établissements financiers considérés comme trop grands pour faire faillite. Malgré les exigences prudentielles renforcées après la crise de 2008, certaines banques continuent de concentrer des risques majeurs pour l’ensemble du système financier mondial.

La liste officielle des banques systémiques, actualisée chaque année par le Conseil de stabilité financière, révèle des vulnérabilités spécifiques et des disparités dans l’exposition aux risques. Ces institutions, par leur taille et leurs interconnexions, représentent un enjeu central pour la stabilité économique internationale.

Pourquoi certaines banques sont-elles considérées comme systémiques ?

Le qualificatif de banque systémique s’applique à un acteur dont la défaillance suffirait à déstabiliser l’ensemble du système financier. Depuis la chute de Lehman Brothers en 2008, l’attention s’est portée sur ces géants. BCE, Banque de France ou Conseil de stabilité financière rangent d’ailleurs ces colosses dans la catégorie des too big to fail : leur effondrement marquerait un séisme sur les marchés.

Certains critères permettent d’identifier ces banques selon des repères précis :

  • leur bilan affiche des volumes de plusieurs centaines de milliards d’euros ;
  • elles interviennent à tous les étages de la finance, du crédit classique jusqu’à l’investissement ou la gestion d’actifs ;
  • leurs relations croisées avec d’autres institutions accentuent l’effet domino en cas de difficulté.

En Europe, la liste comprend des noms familiers comme BNP Paribas, Société Générale ou Crédit Agricole. Outre-Atlantique, JP Morgan Chase caracole en tête. Impossible de sous-estimer leur pouvoir d’entraînement dans l’économie, par le crédit comme par les marchés financiers.

Un tel statut implique des obligations spécifiques : réserves supplémentaires, exigences accrues en matière de capital, transparence accrue. Ces garde-fous, même renforcés depuis la crise, ne gomment pas les tensions. Les opérations, de plus en plus techniques, laissent la porte ouverte à des chocs inattendus.

Les principaux risques associés aux établissements systémiques

Leur poids phénoménal démultiplie les risques. D’abord le risque de crédit : si un débiteur fait défaut à grande échelle, c’est tout le navire qui prend l’eau. En 2008, Lehman avait montré à quelle vitesse peut se propager le choc.

Il faut aussi compter avec le risque de liquidité. Si trop de clients retirent massivement leur argent, la banque doit vendre ses actifs parfois à perte, et la machine peut se dérégler sans préavis. Les scénarios de contrainte, testés par les superviseurs européens, ne prémunissent pas totalement contre la défiance qui saisit parfois le public.

Viennent ensuite le risque de marché : quand les taux d’intérêt s’écroulent ou que les valeurs boursières fondent, la valeur des portefeuilles en prend un coup. Certains économistes pointent du doigt la sophistication croissante des produits financiers, qui complique grandement l’évaluation des dangers réels.

Le risque opérationnel non plus ne disparaît pas : pannes informatiques, cyberattaques ou erreurs de jugement pèsent lourd dans la balance. Dès qu’une grande institution faillit, c’est toute la chaîne qui peut vaciller. Pour les autorités de contrôle, la ligne de crête n’a jamais été aussi étroite.

Banques à risque : panorama des établissements sous surveillance

Le risque systémique s’incarne dans certains établissements surveillés de près, à la fois sur le plan national et à l’international. En France, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole trônent au sommet des institutions surveillées. À l’échelle mondiale, les regards sont aussi braqués sur JP Morgan Chase et Credit Suisse, tous exposés à des marchés interconnectés et à la volatilité grandissante.

Au fil des années, un suivi serré s’est mis en place. Les institutions comme la BCE passent régulièrement les grandes banques françaises au crible, vérifiant solidité des fonds propres et robustesse des actifs. Selon les enquêtes récentes, BNP Paribas et Société Générale affichent des niveaux jugés conformes aux attentes. Mais l’actualité économique, la tension sur les marchés ou la géopolitique sont autant de nuages possibles à l’horizon.

Établissements bancaires sous la loupe

Voici ce qui distingue les principales banques françaises dont la stabilité mobilise l’attention des superviseurs :

  • BNP Paribas : leader du secteur en France, influente sur le continent et active à l’international.
  • Société Générale : position forte sur les marchés émergents, sensible aux mouvements mondiaux.
  • Crédit Agricole : réseau mutualiste dense, avec des activités étendues de détail et d’investissement.
  • BPCE Banque Populaire Caisse d’Épargne : solide ancrage territorial, acteur clé du financement local.

Pour les particuliers, la garantie des dépôts offre une couverture jusqu’à 100 000 euros par banque, orchestrée par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution. Lorsqu’un choc survient, banques centrales et pouvoirs publics restent en première ligne pour endiguer les effets. Pourtant, face à la complexité croissante et aux risques d’interconnexion, le débat sur la fiabilité des protections reste vif. Les remparts du système bancaire européen font l’objet d’un examen méticuleux et permanent.

Femme âgée inquiète devant une grande banque

Quels leviers pour renforcer la sécurité du système bancaire ?

L’architecture du système financier européen a évolué à marche forcée depuis 2008. Pour éviter de faire tomber la maison tout entière, les régulateurs misent sur des mesures comme des normes de fonds propres plus strictes, un contrôle renforcé des activités jugées à risque et des exigences de solvabilité balisées par la réglementation Bâle III. La directive CRD IV fixe aussi le socle de sécurité pour toutes les banques de l’Union européenne.

Trois dispositifs principaux structurent cette stratégie :

  • Ratio de solvabilité : chaque banque doit conserver des fonds propres à la hauteur de ses prises de risque réelles.
  • Stress tests : des évaluations menées régulièrement pour s’assurer que les établissements tiendraient le choc en cas de crise grave.
  • Mécanisme de résolution unique : ce système européen permet une intervention rapide si l’une des grandes banques vacille, limitant l’effet de contagion.

Les banques centrales, et surtout la BCE, renforcent la surveillance des plus gros établissements d’Europe, souvent en leur imposant des marges de sécurité additionnelles. L’appareil de contrôle s’est sophistiqué : scénarios de gestion de crise, modèles internes de prévoyance, plans de redressement.

Derrière ces règles communes se cachent encore des divergences nationales. Certains pays serrent la vis plus fort que la règle européenne ne l’exige, d’autres privilégient la protection des dépôts. Si l’Union bancaire européenne progresse, la répartition des risques reste source de tiraillements entre les grandes capitales et la coordination lors des périodes troublées n’est jamais acquise d’avance. La mise en œuvre concrète de Bâle III et la gestion des situations d’urgence divisent toujours autant les décideurs. Difficile d’ignorer à quel point la stabilité reste dépendante de compromis fragiles et d’une vigilance de chaque instant.

Tenter de canaliser la puissance de ces mastodontes bancaires revient à marcher sur un fil tendu au-dessus du vide. Dans un secteur exposé à l’imprévu, la question questionne : combien de secousses avant que l’équilibre ne cède pour de bon ?

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